Dépistage cardiovasculaire en Afrique : l’importance d’une évaluation vasculaire précoce chez les patients à risque

juil. 01, 2026
Cardiovascular Screening in Africa

Une progression silencieuse des maladies cardiovasculaires en Afrique subsaharienne

Les maladies cardiovasculaires représentent aujourd’hui la première cause de mortalité dans le monde, responsables d’environ 19,8 millions de décès chaque année selon l’Organisation Mondiale de la Santé (1). Plus de trois quarts de ces décès surviennent désormais dans les pays à revenu faible ou intermédiaire (1).

En Afrique subsaharienne, la transition épidémiologique associée à l’urbanisation, à la sédentarité, à l’obésité et à l’augmentation du diabète contribue à une progression rapide des maladies non transmissibles (2,3).

L’hypertension artérielle demeure l’un des principaux facteurs de risque cardiovasculaire sur le continent africain, avec des taux de dépistage, de traitement et de contrôle encore insuffisants (2). Cette situation favorise des diagnostics tardifs, souvent réalisés au stade des complications.

Dr. Abdou Latif Mousse

Le Dr Abdou Latif Mousse, cardiologue béninois engagé dans la prévention cardiovasculaire, souligne que cette problématique constitue aujourd’hui un enjeu majeur de santé publique au Bénin.

 Des pathologies encore diagnostiquées trop tardivement

Malgré les campagnes de sensibilisation et les programmes nationaux de prévention, de nombreux patients restent diagnostiqués tardivement, parfois uniquement lors d’une complication sévère.

Selon le Dr Mousse :

« La majorité de ceux qui viennent, ne se connaissant pas vraiment hypertendus, sont découverts lors des complications. »

Dans la pratique hospitalière, les conséquences du retard diagnostique sont particulièrement visibles dans les services de néphrologie et de neurologie. L’hypertension artérielle et le diabète représentent une part majeure des causes d’insuffisance rénale chronique et d’accidents vasculaires cérébraux hospitalisés au Bénin (2,4). Cette réalité illustre le poids considérable des facteurs de risque cardiovasculaire insuffisamment contrôlés dans la population générale.

Au-delà du diagnostic initial, le manque de suivi régulier et la faible sensibilisation du grand public contribuent également à la progression silencieuse des atteintes vasculaires (2,3). 

La prévention cardiovasculaire commence dès les 1000 premiers jours

Pour le Dr Mousse, la prévention cardiovasculaire ne doit pas se limiter à l’âge adulte. Les déterminants précoces jouent un rôle majeur dans le risque cardiovasculaire futur.

Les études sur les origines développementales des maladies chroniques montrent que l’exposition à la dénutrition, au stress maternel, au diabète gestationnel ou à l’hypertension pendant la grossesse influence durablement le développement cardiovasculaire et métabolique de l’enfant (5,6).

« Tout ce qui serait de l’avenir cardiovasculaire se lie à ce que l’enfant a subi durant les 1000 premiers jours. »

Les 1000 premiers jours, de la conception jusqu’aux deux premières années de vie, représentent ainsi une période critique pour le développement du capital cardiovasculaire (5).

Cette approche souligne l’importance d’intégrer la nutrition, le suivi maternel, la prévention métabolique, et les facteurs environnementaux dans les stratégies globales de prévention des maladies cardiovasculaires (5,6). 

Pourquoi l’évaluation artérielle doit faire partie du dépistage cardiovasculaire

Chez les patients hypertendus, diabétiques, insuffisants rénaux ou obèses, l’évaluation vasculaire reste encore insuffisamment intégrée à la pratique clinique quotidienne.

Pourtant, les lésions artérielles périphériques peuvent être présentes de manière silencieuse, y compris chez des patients présentant peu de symptômes ou des facteurs de risque modérés (7).

Le Dr Mousse insiste sur la nécessité d’aller au-delà de la simple prise des pouls périphériques :

« Quand on n’évalue pas, on ne sait pas. »

L’index de pression systolique (IPS) constitue aujourd’hui un outil simple, non invasif et recommandé pour le dépistage de l’artériopathie des membres inférieurs (7). Il permet d’identifier précocement des atteintes vasculaires associées à un risque cardiovasculaire accru (7,8).

Cette approche est particulièrement pertinente chez les patients diabétiques ou hypertendus, chez lesquels les atteintes vasculaires peuvent évoluer longtemps de manière asymptomatique (7,8). 

Vers un dépistage cardiovasculaire plus structuré et accessible

L’amélioration du dépistage cardiovasculaire passe également par une meilleure accessibilité des outils diagnostiques et une organisation plus fluide du parcours de soins.

Le Dr Mousse souligne notamment l’intérêt d’outils permettant une évaluation rapide et standardisée des patients à risque, aussi bien pour le dépistage que pour le suivi.

Chez certains patients jeunes présentant des plaies ou des complications vasculaires avancées, une évaluation artérielle précoce peut contribuer à éviter des amputations lourdes et leurs conséquences fonctionnelles et sociales (8).

« Ce n’est pas vraiment des personnes âgées de 70 ans que nous avons. Ce sont parfois des jeunes de 40 ans qui sont amputés. »

Au-delà de l’évaluation clinique, la structuration d’un réseau de professionnels formés au dépistage vasculaire apparaît essentielle pour améliorer la prise en charge des patients à haut risque cardiovasculaire (2,7). 

Associer électrocardiogramme et évaluation vasculaire pour identifier les patients à haut risque

L’approche cardiovasculaire globale ne repose pas uniquement sur la détection de l’hypertension ou du diabète.

L’association d’examens complémentaires simples, comme l’électrocardiogramme et l’IPS, permet d’améliorer l’identification des patients à haut risque cardiovasculaire (7,8).

Le Dr Mousse met notamment en avant l’intérêt d’outils numériques facilitant la rapidité des examens, le partage des données, la continuité du suivi, et la prise de décision à distance.

Dans des contextes où l’accès aux spécialistes peut être limité, la digitalisation des données médicales peut contribuer à accélérer les orientations et améliorer la coordination des soins (9). 

Conclusion

En Afrique subsaharienne, les maladies cardiovasculaires restent encore largement sous-diagnostiquées et souvent découvertes à un stade tardif (2,3).

Le dépistage précoce des facteurs de risque cardiovasculaire, notamment l’hypertension, le diabète et l’artériopathie périphérique, constitue un enjeu majeur pour réduire les complications sévères comme les AVC, l’insuffisance rénale ou les amputations (2,4,7).

L’intégration systématique de l’évaluation vasculaire dans le parcours des patients à risque représente une étape essentielle vers une prévention cardiovasculaire plus globale, plus précoce et plus structurée.

 Points clés à retenir

  • Les maladies cardiovasculaires progressent rapidement en Afrique subsaharienne, avec un diagnostic encore souvent tardif (1,2).

  • L’hypertension artérielle et le diabète représentent des causes majeures d’AVC et d’insuffisance rénale (2,4).

  • Les atteintes vasculaires périphériques peuvent évoluer silencieusement chez les patients à risque (7).

  • L’index de pression systolique (IPS) permet un dépistage simple et précoce de l’artériopathie (7).

  • Une approche intégrant prévention, évaluation vasculaire et digitalisation des parcours de soins peut améliorer la prise en charge cardiovasculaire (7,9).